Fleur de Lotus

Artiste du pilotage, Elio avait trouvé chez Lotus une seconde famille où s’épanouir. Puis Senna est arrivé…

Aîné d’une riche famille romaine de quatre enfants, Elio reçut une éducation aussi complète que raffinée: architecture, droit, économie et musique (il excellait au piano). Son père Giulio, à la tête d’une florissante entreprise immobilière, le poussa vers les sports mécaniques, étant lui-même passionné et excellent pilote en motonautisme.

Fasciné par Jim Clark, le jeune Elio débute en karting à 14 ans et ne tarde pas à rejoindre les sommets. En 1975, il devient vice-champion du monde au Paul Ricard derrière le grand Goldstein… mais devant Prost. L’année suivante, Elio dispute quelques courses de Formule Italia tout en devenant Champion d’Europe de karting. Supporter omniprésent de son fils, Giulio investit dans une Chevron F3 pour la saison 77. Elio se sent très vite à l’aise et remporte sa première victoire en avril à Mugello, avant de terminer deuxième à Monaco derrière l’expérimenté Pironi, puis de remporter le Grand Prix de la Loterie à Monza, face au gratin du championnat d’Europe. Le titre de champion d’Italie lui revient après qu’il ait remporté la finale de Magione en partant dernier! Entre-temps, la Scuderia Everest lui a confié une Ralt-Ferrari F2 à Misano, où il a longuement mené la course avant d’être poussé hors piste par Cheever. Les changements de catégorie ou de châssis, la découverte de nouveaux circuits ne posent aucun problème à Elio: il est immédiatement dans le coup, ce qui dénote un talent naturel exceptionnel.

Météore

Ferrari s’intéresse à ce petit prodige qui se voit confier pour 1978 une Chevron-Ferrari F2. Au hasard d’essais à Fiorano, Elio est invité à tester une F1. La cote de Gilles Villeneuve est alors au plus bas et le jeune Romain rêve éveillé. Ses modestes résultats en F2 le ramènent à la réalité: en l’absence d’une voiture compétitive, le plus doué des pilotes ne peut rien. Il dispute alors le Grand Prix de Monaco de F3 dans l’espoir de redorer son blason: un risque qui s’avère payant puisqu’il s’impose au prix d’une manœuvre «limite» qui enverra Patrick Gaillard dans le rail: sans doute la seule fois où Elio ne se sera pas comporté en parfait gentleman! L’espoir d’un volant Ferrari s’estompe néanmoins, mais en septembre, Shadow le convie pour des essais à Silverstone, où il «colle» une seconde à Regazzoni: «C’est un pilote exceptionnel» s’exclame Don Nichols. La performance vient aux oreilles de Ken Tyrrell, qui offre un contrat de trois ans au jeune Romain avant de se raviser, inquiété par les nouveaux critères de la superlicence (à moins que Ken n’ait été impressionné par les performances de Jarier en cette fin de saison 78?). De Angelis se retourne alors vers Shadow et avec l’aide financière de son père, obtient un volant en F1 après seulement deux saisons de sport automobile. Jeune, beau, riche et talentueux, de Angelis semble né sous une bonne étoile. Son ascension météorique provoque des jalousies mais il est déterminé a réussir dans la course et ses performances au volant de la Shadow attirent l’attention de Colin Chapman. Lorsque Reutemann quitte Lotus en fin de saison, Elio se retrouve aux côtés de Mario Andretti. Grand seigneur, celui-ci n’est pas avare de conseils envers son jeune équipier, qui ne tarde pas à prendre le dessus, obtenant une prometteuse deuxième place au Brèsil. Les châssis Lotus ne sont plus ce qu’ils étaient mais Elio termine excellent septième au championnat. Les relations plutôt froides avec Chapman commencent à se réchauffer.

Chapman lance sa casquette!

En 1981, le débutant Nigel Mansell rejoint Lotus: l’eau et le feu doivent cohabiter! Séduit par le tempérament de son compatriote, Chapman délaisse quelque peu Elio mais c’est pourtant ce dernier qui ramène Lotus sur la voie du succès: lors d’un mémorable Grand Prix d’Autriche en 1982, il remporte son première victoire en résistant d’un museau au rush final de Rosberg. Chapman lance sa casquette et retourne sa veste, comparant de Angelis à Clark! Cette fois, les deux hommes semblent partis une relation solide et durable mais le destin en décidera autrement.

Chapman disparu, c’est avec Gérard Ducarouge qu’Elio construira cette relation nécessaire à son épanouissement de pilote: «Elio est moralement assez fragile. Il a besoin d’être entouré, protégé, de sentir que l’on s’occupe de lui et de sa machine» disait de lui l’ingénieur français. Après une saison 83 calamiteuse, Lotus remonte la pente en 1984 et Elio termine troisième du championnat derrière les invincibles McLaren-Porsche de Lauda (son modèle) et Prost. Bien qu’il soit encore jeune, Elio est désormais très expérimenté. S’il n’est pas l’homme des coups d’éclat, il se montre rapide, bon metteur au point et commet un minimum de fautes. Sans doute à cause des critiques subies à ses débuts, ce garçon sensible apparaît plus détaché et solitaire que ses confrères latins.

Mais son image de héros romantique quelque peu nonchalant cache une approche sérieuse de la course. Il est désormais mûr pour devenir champion du monde et la Lotus-Renault 97T qu’il met au point avec Gérard Ducarouge durant l’hiver 84-85 doit lui permettre de cueillir les fruits de sa fidélité. Car Elio considère Lotus comme sa deuxième famille, il entame sa sixième saison sous ses couleurs, qui lui ont valu le surnom de «prince noir». Il a même refusé une proposition de Williams. Quant à Ferrari, il attend toujours… Elio pense encore courir en F1 une dizaine d’années, après quoi il se consacrera aux affaires immobilières et pourquoi pas à la musique… Mais avant, il s’est fixé un but: décrocher le titre mondial avec Lotus. Lorsqu’il débarque au Brésil, de Angelis fait connaissance avec son nouvel équipier: Ayrton Senna. Celui-ci est à peine remis d’une paralysie faciale qui l’a privé d’essais durant l’intersaison et toute l’equipe Lotus se concentre sur le nouveau venu. Gentil mais fier, de Angelis en prend ombrage. Son début de saison est pourtant satisfaisant: le déclassement de Prost à Imola lui permet même d’ajouter une seconde victoire à son palmarès et d’occuper la tête du championnat. Malgré cela, le patron du team Lotus, Peter Warr, mise tout sur Senna et même si Elio parvient à sauvegarder son amitié avec Ducarouge, son moral en prend un coup et l’écart se creuse avec son équipier, qu’il appelle «Petit Machiavel».

De Angelis n’a plus qu’une solution: quitter Lotus pour rejoindre Brabham, où Gordon Murray conçoit une étrange monoplace plate comme une limande: la BT 55. Celle-ci hélas, n’est pas une réussite et le début de saison 86 est bien décevant pour Patrese et de Angelis. Au lendemain du Grand Prix de Monaco, l’équipe Brabham se rend au circuit de Paul Ricard pour une séance d’essais Foca. Un nouvel aileron, de taille imposante, est monté sur la BT 55. Ce 15 mai, Elio s’allonge dans le minuscule cockpit de sa Brabham et entame une série de tours du grand tracé de 5,8km. Soudain, dans les esses de la Verrerie, le nouvel aileron se brise, la Brabham part en tête-à-queue, s’envole et retombe à l’envers sur le rail avant de s’immobiliser dans la voie de sécurité et de prendre feu. Les effortd faits pour sauver Elio seront vains. Transféré à l’hôpital de la Timone, à Marseille, il y succombera en raison de lésions irréversibles au cerveau. Ainsi disparut le dernier gentleman de la Formule 1.

© 1999 Auto Hebdo • Par François Hurel • Published for entertainment and educational purposes, no copyright infringement is intended.

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